Quand les Dieux buvaient, tome 1 : Blanche-Neige et les lance-missiles, Catherine Dufour

Quand les Dieux buvaient, tome 1 : Blanche-Neige et les lance-missiles.
Catherine Dufour, française. // 2009 – 606 pages – Ed. Le Livre de Poche  // Catégorie – Fantasy.
Synopsis.
Tous les contes commencent par « il était une fois » et finissent pas « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Oui mais… et après ?
Et si le règne de Blanche Neige avait été une horrible dictature ? Et si le miroir magique était devenu gâteux ? Et si Peau d’Âne était tombée amoureuse du prince de Cendrillon ?
Une poignée de fées du bois de Boulogne, une bande de spectres, le père Nöel et sa fille, l’Ankou et faux, le Petit Chaperon rouge et l’affreux démon Bille Guette suffiront-ils à sauver le monde du chaos ? 
l’avis. 

Ce livre, c’est une amie qui l’a fait découvrir. Alors qu’elle lisait le second tome de la saga, elle a tenu à me faire partager les étrangetés de sa lecture, et j’ai tout de suite accroché. Le burlesque peut-être. En effet comme le prédit la quatrième de couverture, il ne faut pas s’attendre à lire un conte bien lisse, bien propre et surtout il ne faut pas s’attendre à retrouver exactement ce l’on connaît déjà. Dans ce livre, nous avons le droit à une visite en bonne et due forme de nos contes. Les princesses, les fées, les dragons, enfin les gragons, même les sept nains, rien n’est pareil. A croire que tout ce que l’on nous raconte depuis que nous sommes petits n’est que sottises. Ou bien alors on ne veut pas nous effrayer devant tant de perversité ?

Comme le dit l’auteure dans ses notes à la fin du livre, et croyez moi ce sont des explications qui valent vraiment la peine d’être lues, c’est un ouvrage qui se scinde en deux parties, autrefois deux livres différents. La première partie, les grands alcooliques divins, est selon moi la meilleure. Elle se lit tellement vite, un peu trop peut-être. Dès les premières lignes le ton est donné, impossible de ne pas esquisser un sourire, voire rire, avant d’avoir tourner la première page. On découvre, ou plutôt redécouvre, le monde des princesses et fées marraines, que de surprises ! Et puis vient la seconde partie, l’ivresse des providers. Changement de décor et d’époque. J’ai été bien moins séduite. L’action ne semble plus la même, j’étais relativement perdue au début. En fait, il ne faut pas essayer de faire un lien direct avec la partie précédente pour mieux apprécier. Mais au final, cette seconde partie est une belle surprise, une fois que vous êtes dedans et que le vocabulaire ésotérique ne vous effraie plus.

Au niveau des personnages. Je n’ai rien à dire. On a le droit à un panel d’anti-héros impressionnant. Ils ont tous leurs travers, leurs problèmes, leurs étrangetés. Aucun d’entre eux n’a le droit à la perfection pure. De toute façon, je le répète, il ne faut pas s’attendre à se retrouver plonger en pleine bataille héroïque de prince sauvant sa dulcinée. Je ne suis pas même sûre, que le prince porte un quelconque intérêt à la princesse. Et c’est cet esprit décalé qui est absolument fabuleux je trouve. Rien n’est comme on veut bien s’y attendre. C’est là que j’en arrive à l’écriture, le mode d’écriture. Là encore, il est surprenant de voir comme les vocabulaires soutenu et vulgaire peuvent coexister. Au début, c’est peut-être gênant, mais c’est juste que nous ne sommes pas habitués. Ce ne sont pas tous les auteurs qui se permettent une telle liberté dans leur écriture. Alors autant vous familiariser de suite avec les « connards », « salope », « merde », « cul » et autres vulgarités bien tournées. En temps normal, je trouve que cela gâche l’écrit, mais cela s’inscrit tellement bien dans le récit, le style de l’aventure et des personnages, que le charme n’en ai pas altéré pour autant.

En somme, c’est une bien belle découverte, malgré cette petite note sombre au niveau de la seconde partie. J’ai tout de même adoré l’univers, le premier en l’occurrence, et cette manière de revisiter les contes, ou plutôt d’en inventer une suite pour le moins inattendue et loufoque. Je lirais donc la suite de cette saga, et avec enthousiasme.

entre les pages.

« Les Uckler formaient un peuple industrieux, gai et généreux.
En général.
Ils se levaient tôt d’un air content, sifflaient en travaillant et avaient toujours un morceau de pain à donner à plus pauvre qu’eux (le quignon rassis de la veille, bien sûr, car « généreux n’est pas le neveu », comme le disait souvent la grosse Couette). Pourvu, cependant, que ce plus pauvre qu’eux soit le beau-fils de la nièce de l’oncle de leur cousin.
Ou le beau-père du neveu de leur tante par alliance.
Car les Uckler avaient un défaut : quand ils voyaient un étranger, un vrai, qui échappait à toute généalogie même de la main gauche, ils le tuaient d’abord.
Ensuite, ils ne se posaient aucune question.
Ce qui leur permettait de préserver cet équilibre psychologique qui leur faisait, au matin, le teint frais et l’air content.
Bref, c’était un foutu ramassis de salauds.
»

« C’aurait eu pu être un désastre complet, une perfection dans l’horreur, le plus fantastique génocide de mémoire de sociopathe. Bille aurait eu pu envoyer son ordre à temps.
Disons qu’il le fit.  »

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Tout Alice, Lewis Caroll

Tout Alice
Lewis Caroll, anglaise. // 1993 – 442 pages – Ed. GF-Flamarion  // Catégorie – Jeunesse, conte.
Synopsis.
Ce volume contient:
LES AVENTURES D’ALICE SOUS TERRE
LES AVENTURES D’ALICE AUX PAYS DES MERVEILLES
DE L’AUTRE COTE DU MIROIR ET CE QU’ALICE Y TROUVA
LA CHASSE AU SNARK
ALICE RACONTEE AUX PETITS ENFANTS
ALICE A LA SCENE
UNE DEVINETTE D’ALICE
LETTRES A ALICE LIDDELL
« La Reine dit: « Qu’on lui tranche la tête! » (La phrase qu’elle prononçait toujours, quand elle était en colère.)
Et c’est pourquoi Alice répondit: « Qui se soucie de votre avis, à vous autres? Vous n’êtes qu’un jeu de cartes! »
Et c’est pourquoi ils se mirent tous très en colère, et prirent leur vol dans les airs, pour retomber tous sur Alice, comme une avalanche.
Et je pense que vous ne devinerez jamais ce qu’il arriva ensuite. Ce qu’il arriva ensuite, ce fut qu’Alice s’éveilla de son étrange songe. Et elle découvrit que les cartes n’étaient que des feuilles tombées de l’arbre, que le vent lui avait plaquées contre le visage. Ne serait-ce pas délicieux que de faire, tout comme Alice, un curieux rêve? »
l’avis. 

Alice au pays des merveilles, j’ai toujours entendu parler de cette fille qui se rendait dans son monde étrange et loufoque. D’autant que ayant pris l’habitude d’écrire à certains moments, j’avais déjà fait la comparaison avec les aventures de cette demoiselle, oui mais sans jamais avoir lu le livre. Ce qui en soit m’incommodait fort. Cela dit, très tardivement j’ai vu l’adaptation qu’en avait fait Disney, et je n’avais pas apprécié du tout. Assez frustrant pour le coup, parce que j’en attendais beaucoup de ces aventures. Et puis je suis allée voir la version de Tim Burton (on passera sur l’épisode de Monsieur Deep… Oui, oui j’essuie la bave), et là j’ai finalement décidée de lire l’histoire, parce que cette fois-ci j’avais adoré. Alors finalement j’en pense quoi ?

De manière très globale, je ne vais pas décrire l’ensemble des récits qui se trouvent dans ce livre afin de ne pas en dévoiler trop. Donc, d’un avis global, je dirais que j’ai vraiment aimé la lecture. L’auteur écrit très bien, et pour rester dans le style de l’écriture j’ai pas mal apprécié les précisions entre parenthèses qui prêtent le plus souvent à sourire. Une bonne manière de nous rappeler que nous suivons les aventures d’une petite fille candide et attachante. Alors venons-en aux personnages. Tous ont leur lot de bizarrerie. J’ai aimé (re)découvrir le Chat du Cheshire, le lièvre de Mars, le Chapelier toqué, la Reine et son roi (peut-être un des personnages les plus difficiles à cerner), et puis la Duchesse. Par contre pour ce qui est du Lapin Blanc il ne m’a pas trop marqué. Et puis bien sûr, il y a Alice. Qui dans son imperfection et ses enfantillages, est selon moi parfaite en tous points. Ce n’est pas qu’un personnage, il pourrait être une personne, le caractère est ni exagéré ni pas assez mis en avant. Ce qui n’est pas toujours le cas lorsque l’on part dans une aventure fantastique.

J’en viens ensuite à l’univers. Le titre de l’aventure est à propos : merveilleux. Cela dit, soit Monsieur Carroll était réellement dérangé, soit c’était Alice, peut-être un peu des deux qui sait. L’univers est vraiment intéressant, peut-être un peu compliqué à suivre. En effet, pas de fil logique tant dans l’histoire que l’environnement, ce qui est plaisant, puisque de la même manière que la protagoniste, le lecteur se perd lui aussi dans un monde nouveau et pour le moins surprenant. Rien ne répond aux lois normales de la nature je dirais, une fleur pourrait même nous faire la conversation.

Après pour parler du livre en lui-même, je pense que pour l’apprécier dans son ensemble sans s’en lasser il ne faut pas le lire d’un coup. Il faut lire les historiettes entrecoupées de pauses ou pourquoi pas d’un autre roman, sinon il est vrai que les redondances pourraient assez vite agacer le lecteur, surtout si en plus il a du mal à trouver des points de repères. Après il faut également accrocher au style d’écriture, je ne sais pas pourquoi, mais je trouve à la fois à la portée de tous, et pourtant il a ce petit plus qui lui donne tout son charme. J’aime bien la manière dont réfléchit l’auteur lorsqu’il écrit. Ce n’est pas tout le temps un raisonnement purement littéraire, on sent le scientifique. Ce qui est d’autant plus déstabilisant puisque les sciences se veulent exactes.

En bref. J’ai tout simplement aimé l’univers d’Alice. Par contre, j’ai un moins accroché à la Chasse au Snark. Cela dit, moi j’ai peut-être fait l’erreur de tout lire d’un bloc. Il faudrait que je le relise donc pour voir ce que j’en pense. Au final, une belle aventure, des merveilles et beaucoup d’humour.

entre les pages.

« Elle était donc en train de se demander (dans la mesure du possible, car la chaleur qui régnait ce jour-là lui engourdissait quelque peu l’esprit) si le plaisir de tresser une guirlande de pâquerettes valait la peine de se lever pour aller cueillir les pâquerettes, quand soudain un Lapin Blanc aux yeux roses vint à passer auprès d’elle en courant.
Il n’y avait là rien de particulièrement remarquable; et Alice ne trouva pas non plus très extraordinaire d’entendre le Lapin dire entre ses dents: « Oh, là,là! Oh, là, là Je vais être en retard! » (Lorsqu’elle y repensa par la suite, elle admit qu’elle eût dû s’en étonner, mais sur le moment, cela lui ârut tout naturel); pourtant, quand le Lapin s’avisa de tirer de son gousset une montre, de consulter cette montre, puis de se remettre à courir de plus belle, Alice se dressa d’un bond, car l’idée lui était tout d’un coup venue qu’elle n’avait jamais vu de lapin pourvu de gousset, ou d’une monter à tirer de celui-ci.
»

« LA CHASSE AU SNARK
Délire en huit épisodes ou crises
Si jamais – et pareille occurrence est furieusement possible – si jamais l’on allait accuser l’auteur de ce bref mais instructif poème d’écrire des inepties, cette accusation, j’en suis convaincu, serait fondée sur le vers : « Et puis l’on confondait gouvernail et beaupré. »   »

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